
Il était une fois cinquante ans.
Il paraît que les décennies changent une vie. Et qu’après cinquante ans…?
On dit que ce seraient l’âge de la maturité, de l’apaisement, de l’amour de soi enfin trouvé. Ahhhh cinquante ans ! Et après ?
Comme si le simple fait de souffler quelques bougies suffisait à faire disparaître les doutes, les blessures et les incertitudes. J’y ai vraiment cru (j’ai encore au fond de moi, la naïveté de mon enfance, tu sais). Et les semaines puis les mois ont commencé à défiler. Le compte à rebours s’est installé doucement. Mes cinquante ans sont arrivés. Et après ?
L’après…
Mais le lendemain de mes cinquante ans, je me suis réveillée. Et j’avais toujours les mêmes responsabilités, les mêmes inquiétudes et les mêmes rêves que la veille.
Vraisemblablement, la vie ne distribue pas de baguette magique à chaque changement de dizaine.
En revanche, elle offre autre chose.
Mes cadeaux
Je suis la mère de deux merveilleux enfants, intelligents, cultivés, polis, mignons et très bien éduqués. (Ce sont les miens, vous ne pensez tout de même pas que j’allais dire le contraire). J’ai derrière moi, de belles années de sportive de haut niveau. (Belles et terribles humainement. Mais nous ne retiendrons que le positif, n’est-ce pas ?) Un emploi de cadre de la fonction publique. Sinon, une vie perso assez contemporaine, j’ai envie de dire… (Circulez, il n’y a rien à dire de plus).
2024-2026 : Deux années qui ont tout changé
De l’écriture aux actes, il y a qu’un pas.
- L’opportunité d’être autrice.
Nowell é Dousine, une somme d’histoires qui m’accompagnait, depuis la période du Covid. Aujourd’hui, le livre est sorti. Il circule, d’abord à Paris. Il est traduit en anglais. Il voyage. Il vit désormais sa propre vie. Et au travers de lui moi aussi j’existe au-devant de la scène. Les premiers podcasts. Les émissions de TV. Je dédicace des livres. je réponds aux questions des lecteurs. J’assume mes écrits.
Entre le livre et le one woman show, Il y a eu le Canada. et sa folle aventure familiale, sans parachute.
- Avant, en juin 2024, My-él est née avec Memento Vivere
Au travers de cet expérience de one woman show, j’ai pris la parole. Moi qui œuvrais de par ma profession dans l’ombre. Il m’a fallu sortir de derrière la page. Me montrer. Présenter mon travail. Je l’ai fait avec maladresse parfois. Avec trac souvent.
Qui aurait cru cela possible ? Et pourtant, J’en étais l’autrice. La metteuse en scène. L’interprète. J’ai rencontré un public, Mon public. Il y eut les échanges. Les retours parfois bouleversants de celles et ceux qui se sont reconnus dans mes mots déclamés sur scène.
- En fait tout est parti d’un blog.
Cette aventure que j’ai commencée en cachette, presque comme une enfant qui fait une bêtise dans le dos de ses parents. Et qui est devenue au fil du temps un espace de réflexion, de partage et de transformation… avec des lecteurs.
Mes pincements au cœur
Ces derniers mois m’ont rappelé qu’une existence peut basculer sur plusieurs fronts en même temps. La famille évolue. Les enfants grandissent et prennent leur envol. Les relations changent de nature. Les projets professionnels obligent à se réinventer. Les contraintes financières imposent parfois des choix que l’on n’aurait jamais imaginés.
Après cinquante ans, on pourrait croire que tout est enfin stabilisé. J’ai découvert à mes dépends, au contraire qu’il faut parfois tout reconstruire. Mais différemment.
Donc, il est souhaitable de tout simplement, mettre un pied devant l’autre. Sans renoncer. Sans s’endurcir. Juste en étant conscient.
Moi, la femme guadeloupéenne
On entend souvent qu’après cinquante ans, on est plus lucide et moins dans les émotions. Pour cela, il faut apprendre à s’aimer, à se choisir, à n’avoir besoin de personne. Je comprends ces discours. Mais je crois qu’ils oublient parfois une vérité qui n’est pas qu’antillaise. Nous sommes des êtres de lien. Désirer partager sa vie, rire avec quelqu’un, retrouver le réconfort d’une présence ou regretter parfois une complicité ne signifie pas que l’on manque d’amour-propre. Cela signifie simplement que l’on est humain.
En tout cas. Moi. Je ne suis pas un rock. Je suis une femme. Avant cinquante ans et après cinquante ans.

Une éducation affective déficitaire.
Je me demande, d’ailleurs, parfois, si notre génération et peut-être plus encore les femmes antillaises, ont réellement reçu une éducation affective. On nous a appris à être courageuses. À travailler. À prendre soin de notre famille. À faire passer les autres avant nous.
Mais qui nous a appris à dire nos besoins ? À accueillir notre vulnérabilité sans honte ? À aimer sans nous oublier ?
Le monde a changé. Les modèles aussi. Mais, nous essayons, toujours, génération après génération, tant bien que mal de trouver notre place entre des héritages qui nous ont construites et des injonctions nouvelles qui nous demandent d’être fortes, indépendantes, accomplies… presque invulnérables.
Le bilan

Et quand j’y pense, j’ai passé des décennies à écrire comme le semeur, qui jette les graines au vent. Certaines sont tombés sur le bord du chemin, sur les roches et dans des buissons d’épines, et la semence a été, malheureusement, perdue. Et, en revanche celles qui sont tombées dans de la bonne terre, je les vois aujourd’hui, produire des fruits.
Je ne sais pas ce que cette nouvelle décennie me réserve. Je ne sais pas quels projets aboutiront. Je ne sais pas quelles rencontres m’attendent. Je ne sais même pas où je vivrai dans quelques mois.
En revanche, je sais une chose. Les cinquante premières années m’ont appris à me relever avec un peu plus de sagesse, un peu moins d’orgueil et beaucoup plus de discernement.
Alors non, cinquante ans n’ont rien changé du jour au lendemain. Mais après, ces cinquante années ont profondément impacté la femme que je suis devenue.
Et c’est peut-être là le plus beau cadeau du temps.

À cinquante ans et après, je ne suis pas arrivée là où je pensais être. Mais peut-être suis-je arrivée là où je devais être. Et c’est ce chemin parcouru que j’ai envie de célébrer. Et le faire avec toi, si tu le veux bien.